Victor Regnault, un savant aux origines de la photographie
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Au XIXe siècle, Victor Regnault, père du peintre Henri Regnault, occupe une place singulière. Chimiste de premier plan, professeur au Collège de France et directeur de la Manufacture de Sèvres, il fut également l’un des artisans des débuts de la photographie en France. À l’occasion du bicentenaire de la photographie, les Archives reviennent sur la vie de cet illustre sévrien.
Un chimiste de génie
Né en 1810 à Aix-la-Chapelle, Victor Regnault manifeste très tôt des aptitudes exceptionnelles pour les sciences. Formé à l’École polytechnique puis à l’École des Mines, il s’impose rapidement dans le paysage scientifique français. Élu à l’Académie des sciences à seulement trente ans, il succède à Gay-Lussac à la chaire de chimie de l’École polytechnique avant d’être nommé professeur de physique au Collège de France.
Ses travaux sur la vapeur d’eau, la thermodynamique et l’hygrométrie constituent des références durables. En établissant avec précision les relations entre température, pression et chaleur latente, il fournit aux ingénieurs les bases nécessaires au perfectionnement des machines à vapeur. Ses recherches, fondées sur la mesure rigoureuse et l’expérimentation méthodique, témoignent d’une conception exigeante de la science, où l’observation doit être confirmée par l’exactitude des données.
Cette rigueur intellectuelle façonnera également son approche de la photographie, qu’il abordera comme un champ d’investigation scientifique autant que comme un procédé de représentation.
Son implication dans les débuts de la photographie
Vers 1826, Joseph Nicéphore Niepce est le premier à avoir réussi à capter et garder une image photographique. En 1838, il faut attendre l’invention du Daguerréotype par Louis Jacques Mandé Daguerre pour que la photographie fasse son entrée à l’Académie des Sciences (7 janvier 1839). Dès lors, Regnault s’intéresse aux procédés photographiques naissants. Il expérimente le calotype mis au point par William Henry Fox Talbot, fondé sur le principe du négatif sur papier, et suit attentivement les perfectionnements proposés par Louis Désiré Blanquart-Evrard.
Vers 1847, il réalise ses premières épreuves : portraits de savants, vues architecturales, paysages de Sèvres et des environs. Son œuvre se distingue par une grande sobriété formelle comme en témoigne les illustrations provenant des Archives municipales. Loin des effets picturaux recherchés par certains contemporains, il privilégie la précision descriptive et la clarté des formes.
Grâce à ses compétences de chimiste, il contribue à améliorer les procédés de développement et s’intéresse à l’usage de nouveaux composés chimiques dans la production d’épreuves positives. En 1855, il devient le premier président de la Société française de photographie, participant ainsi à la structuration institutionnelle d’un médium encore récent. Sous son impulsion, la photographie s’inscrit dans un dialogue étroit avec le monde savant.
Directeur de la Manufacture
Nommé en 1852 directeur de la Manufacture impériale de Sèvres par Napoléon III, Regnault introduit la photographie au sein de l’établissement. Elle sert d’abord d’outil documentaire et de source d’inspiration pour les peintres et décorateurs : recueils de fleurs, d’animaux ou vues de paysages sont acquis afin d’enrichir les modèles iconographiques.
Très vite, un laboratoire photographique est installé à la Manufacture. Les ateliers, les œuvres et les paysages environnants font l’objet de campagnes systématiques de prises de vue. Cette activité contribue à l’émergence de ce que l’on désignera plus tard comme l’« École de Sèvres », caractérisée par son ancrage scientifique, son indépendance à l’égard des conventions picturales et son attachement à la calotypie.
Au cours de la guerre franco-prussienne, son fils, le peintre Henri
Regnault, est tué lors de la bataille de Montretout-Buzenval (19 janvier 1871). Cette disparition bouleverse profondément le savant et l’opinion publique. Par délibération du 29 juin 1888, la ville de Sèvres donne le nom d’Henri Regnault à l’avenue située en face de la cour d’honneur de l’ancienne manufacture, afin de rendre hommage à la famille.