Mois de l’illustration : traits d’humour, d’encre et de poésie
Sommaire
En mars, Sèvres invite à un parcours graphique foisonnant à travers quatre lieux bien connus des Sévriens. Florence Cestac déploie ses gros nez truculents à l’hôtel de ville, Rébecca Dautremer enchante la médiathèque et le Sel avec Cyrano et Jacominus, tandis qu’Ashrush signe une explosion de contrastes à l’esc@le.

Florence Cestac – Invitée d’honneur
Big Noz’art
Du 5 au 31 mars – Hôtel de ville (Mezzanine)
Figure majeure de la bande dessinée et de l’illustration contemporaine, Florence Cestac est l’invitée d’honneur du Mois de l’illustration à Sèvres.
Autrice, illustratrice et éditrice, elle occupe depuis plus de quarante ans une place singulière dans le paysage du dessin narratif.
Née en 1949, elle débute sa carrière dans les années 1970 et co-fonde en 1974 la maison d’édition Futuropolis, qui jouera un rôle déterminant dans le renouvellement de la bande dessinée d’auteur en France. En 2000, elle est la première femme à recevoir le prestigieux Grand Prix du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, récompensant une œuvre populaire, libre et profondément personnelle.
Son univers graphique est immédiatement reconnaissable : un trait expressif et généreux, souvent exagéré,
où les corps et les visages — et en particulier les fameux gros nez — deviennent de véritables outils de narration.
L’exposition présentée à l’hôtel de ville propose une immersion dans cet univers foisonnant, conçu comme un cabinet de curiosités mêlant planches originales, sculptures, objets et détournements facétieux.
Rencontrer l’artiste :
- Conférence : mercredi 25 mars à 16h à l’hôtel de ville (sur inscription ci-dessous)
- Dédicace et vernissage : mercredi 25 mars à 17h (dédicace) puis à 18h30 (vernissage) à la Mezzanine de l’hôtel de ville

Cyrano – Illustrations de Rébecca Dautremer
Du 10 au 29 mars – Médiathèque
À l’occasion du Mois de l’illustration, la médiathèque accueille une exposition consacrée à Cyrano, d’après l’adaptation du texte d’Edmond Rostand par Taï-Marc Le Thanh, illustrée par Rébecca Dautremer.
S’inspirant beaucoup de la photographie, du cadrage, des couleurs et de la lumière, Rébecca Dautremer travaille comme une photographe, en réfléchissant à la composition, à la profondeur de champ, au flou… et essaye de proposer dans ses illustrations plusieurs degrés de lecture, afin de toucher petits et grands.
Sous son pinceau, Cyrano devient un samouraï élégant au profil affirmé, tandis que Roxane apparaît comme une figure lumineuse et délicate. Les illustrations, d’une grande richesse graphique, jouent sur les textures, les contrastes et les couleurs pour traduire la poésie et l’ironie du texte original.
Autour de l’exposition :
- Atelier d’écriture : samedi 21 mars, 14h–16h
(tout public à partir de 15 ans – sur inscription au 01 41 14 12 13) - « Les méchants dans les contes » : samedi 21 mars, 17h
(entrée libre, dès 6 ans – par les Conteurs de Sèvres) - Lectures d’extraits de la pièce de théâtre par des collégiens : samedi 28 mars, 16h

Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough – Rébecca Dautremer
Du 4 au 29 mars 2026
Sel – Espace Galerie
Présentée à l’Espace Galerie du Sel, l’exposition Les riches heures de Jacominus Gainsborough propose une immersion dans l’un des ouvrages les plus marquants de Rébecca Dautremer. À travers une suite de scènes traversant les saisons et les âges de la vie, l’artiste raconte le parcours de Jacominus, petit lapin discret et sensible.
Gouaches originales, dessins préparatoires, très grands formats et objets créés spécialement pour cet univers composent un ensemble d’une grande délicatesse, où le trait et la couleur traduisent le temps qui passe et l’émotion des instants simples.
Temps forts :
- Spectacle musical « Une chose formidable » : vendredi 13 mars, 19h (45 min), dès 6 ans.
Tarifs : TJ 8 € / TA 12 € / TR 16 € / TP 18 €
Réservation : www.sel-sevres.org - Conférence-dédicace de Rébecca Dautremer : samedi 14 mars, 16h.
Gratuit, sur inscription : www.sel-sevres.org

Ashrush
Du 3 au 31 mars 2026 – l’esc@le
L’esc@le accueille le travail d’Ashrush, illustrateur, scénariste et dessinateur autodidacte. Nourri de comics américains, de bande dessinée franco-belge et de manga, il développe un dessin en noir et blanc très contrasté, à l’impact visuel immédiat.
Ses illustrations et planches explorent la tension des corps, la force des silhouettes et la puissance du contraste, faisant de chaque image un récit à part entière.
- Finissage : vendredi 27 mars à 19h, en présence de l’artiste
Culture - Conférence Florence Cestac
Mercredi 25 mars 2026 à 16h à l'Hôtel de ville (salon St Omer). Inscriptions ouvertes jusqu'au 24 mars 17h.
Florence Cestac : « Je ne peux pas rester cinq minutes sans dessiner »

Le Sévrien : Si vous deviez vous présenter simplement ?
Florence Cestac : Je suis autrice de bande dessinée. C’est un métier que j’ai appris sur le tas. J’ai fait les Beaux-Arts à Rouen puis les Arts déco à Paris, mais la bande dessinée, ça ne s’enseignait pas. Donc j’ai appris en faisant.
LS : Le dessin a toujours été là ?
FC : Tout le temps. Ma mère disait que je dessinais même dans ma purée avec ma fourchette. Je suis dyslexique, à l’école on me mettait dans un coin parce que je ne faisais pas de bruit. Je dessinais. Je ne peux pas rester cinq minutes sans gribouiller !
LS : Comment êtes-vous entrée dans la bande dessinée ?
FC : En 1972, avec Étienne Robial, on a ouvert la première librairie de bande dessinée à Paris : Futuropolis. Cinq ans plus tard, on a créé la maison d’édition. C’est là que j’ai fait ma culture BD. Avant, je connaissais surtout Tintin, Astérix… À Futuropolis, j’ai découvert la BD américaine, et là, ça a été une claque.
LS : La bande dessinée était-elle accessible aux filles à cette époque ?
FC : Pas du tout. On offrait des BD aux garçons. Les filles, on leur apprenait à tenir une maison. Moi, je piquais les BD de mon frère et de mes cousins. C’est aussi pour ça qu’il y avait si peu de femmes dans le milieu.
LS : Vos personnages aux gros nez sont devenus votre signature. Pourquoi selon vous ?
FC : Le gros nez, c’est humoristique. Ça annonce tout de suite qu’on va plutôt rire que pleurer. Même quand je raconte des histoires dures, ça passe mieux. Ça vient de mes lectures d’enfance : Gaston Lagaffe, Popeye…
LS : Votre premier personnage, Harry Mickson, est encore très présent.
FC : Oui, c’est ma mascotte. C’était aussi celle de Futuropolis. Il m’a accompagnée toute ma carrière. On peut dire que c’est mon premier vrai personnage de bande dessinée.
LS : Vos histoires sont souvent très personnelles.
FC : Bien sûr, on raconte toujours ce qu’on connaît. Le Démon de midi, par exemple, je l’ai subi. Mais je l’ai raconté en faisant rire. Aujourd’hui, avec Le Démon de mamie, c’est encore moi !
LS : Comment travaillez-vous concrètement ?
FC : Je commence par écrire. L’écriture, c’est le plus long : trois ou quatre mois. Je fais un chemin de fer, je découpe l’histoire en scènes, je règle le rythme. Ensuite seulement, je dessine, au crayon, puis j’encre et je mets en couleur. Une BD, c’est du rythme avant tout.
LS : Vous travaillez aussi en volume, en papier mâché.
FC : Oui, j’aime beaucoup, ça me détend. Dans mes expositions, je montre aussi des bustes, des objets, des sculptures. Tout ce que je fais à côté de la BD. J’aime bien que les personnages sortent du papier.
LS : En 2000, vous recevez le Grand Prix d’Angoulême. Comment l’avez-vous appris ?
FC : Je faisais le marché à Paris. Mon fils me dit : « Angoulême a appelé. » Je rappelle, et là, Jean Giraud me dit : « Tu as le Grand Prix. » Je n’y ai pas cru. Puis il me passe Bilal, puis Tardi… Là, j’ai compris. Être choisie par les anciens Grands Prix, par mes pairs, c’était énorme.
LS : Vous êtes la première femme à avoir reçu ce prix.
FC : Oui. Claire Bretécher aurait dû l’avoir bien avant moi. Mais j’ai été la première choisie par l’Académie des Grands Prix.
LS : Quel regard portez-vous sur la bande dessinée aujourd’hui ?
FC : La bande dessinée n’a jamais été aussi vivante. On publie énormément, pour tous les âges, tous les goûts.
Ce qui se passe en France est unique.
Exposition Big Noz Art de Florence Cestac à la Mezzanine de l’Hôtel de ville du 5 au 31 mars
Rencontrez l’artiste :
- Conférence le 25 mars à 16h au salon Saint-Omer (inscription ci-dessus)
- Dédicace-vernissage le mercredi 25 mars à partir de 17h