Madame Jules Favre, une pionnière de l’éducation des femmes

Madame Jules Favre, une pionnière de l’éducation des femmes

Personnalités de Sèvres
Publié le 5 mars 2026 Modifié le 5 mars 2026

Sommaire

Ce mois de mars est l’occasion de rappeler le parcours de Madame Jules Favre, pédagogue et première directrice de l’École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres. Son engagement intellectuel, éducatif et politique a profondément marqué la naissance et l’esprit de cette institution appelée à former des générations d’enseignantes.

Une vocation pédagogique précoce

Caroline Julie Émilie Velten naît le 15 novembre 1833 à Wissembourg (Alsace) dans une famille luthérienne. Très tôt, elle reçoit une solide éducation, nourrie par l’apprentissage des langues et l’obtention du brevet supérieur des institutrices. Dès 1853, elle devient sous-maîtresse dans la pension évangélique dirigée par Madame Frèrejean, d’abord à Paris puis à Versailles. Elle y développe une conception exigeante et novatrice de l’éducation des jeunes filles : former des esprits autonomes, éveiller la curiosité, encourager l’effort personnel et l’initiative, tout en respectant l’individualité de chacune. En 1860, elle prend la direction de l’établissement et poursuit pendant dix ans cette œuvre pédagogique fondée sur la bienveillance, la confiance et la rigueur morale.

Une femme engagée au cœur de la République

La guerre de 1870 marque un tournant dans sa vie. Le pensionnat se vide et Julie Velten s’engage dans les ambulances, tout en suivant avec attention les débats de l’Assemblée nationale à Versailles. Elle y rencontre Jules Favre, avocat et homme politique républicain, qu’elle assiste par ses traductions et son travail intellectuel. Leur mariage en 1874 scelle une collaboration étroite. Après la mort de Jules Favre en 1880, elle rassemble et édite ses discours et plaidoiries, poursuivant son œuvre mémorielle sous le nom de Madame ou Veuve Jules Favre. Convaincue, comme Jules Ferry et Camille Sée, du rôle politique fondamental de l’éducation des femmes, elle est choisie en 1881 pour diriger la toute nouvelle École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres. Cette école sera chargée de former les futures directrices et enseignantes.

Donner une âme à l’École de Sèvres

Installée dans l’ancienne manufacture de porcelaine de Sèvres, l’École devient sous sa direction un lieu d’excellence et d’innovation. Madame Jules Favre y impose une organisation rigoureuse et recrute un corps professoral de haut niveau. Présente aux cours, attentive aux contenus et aux concours, elle entend rester pleinement maîtresse de son établissement. Refusant toute limitation intellectuelle fondée sur le genre, elle s’oppose à une vision réductrice de l’enseignement féminin. Volonté, liberté, responsabilité, discipline de l’esprit et sens du devoir forment le socle de « l’esprit de Sèvres ». Soucieuse d’humanité, elle instaure aussi des rituels marquants, comme la cérémonie du « bonsoir » où chaque élève se rendait chez la directrice à partir de huit heures et demie comme le bilan de la journée. Elle exerce ses fonctions jusqu’à son décès, le 31 janvier 1896. Le 6 août 1938, le conseil municipal de la Ville décidait de renommer la partie sud de la rue de la Villa Rémy Launay, rue Madame Jules Favre, en reconnaissance de son rôle important en tant que pionnière de l’égalité hommes – femmes.