La Maison Milet, une dynastie de céramistes à Sèvres

La Maison Milet, une dynastie de céramistes à Sèvres

Histoire et patrimoine
Publié le 7 janvier 2026 Modifié le 7 janvier 2026

Sommaire

À deux pas de la Manufacture nationale de Sèvres, la « Maison Milet » s’impose dès la seconde moitié du XIXe siècle comme la plus importante manufacture de céramique privée de la ville.
Portée par plusieurs générations d’artisans d’exception, elle incarne un rare équilibre entre tradition, recherche technique et ouverture aux grands courants artistiques de son temps.

L’histoire des céramistes Milet prend naissance à Martincamp, sur la commune de Bully en Seine-Maritime. Jean Milet, issu d’une lignée de potiers, y dirige sa propre entreprise et transmet très tôt son savoir-faire à ses fils, Ambroise et Félix Optat (dit Optat).

En 1852, Ambroise entre à la Manufacture de Sèvres pour y parfaire sa formation. Ses qualités techniques et sa solide culture céramique lui valent d’être nommé, dès 1854, chef des fours et des pâtes. Dix ans plus tard, il fait entrer son père Jean ainsi que son frère Félix à la Manufacture. Ambroise reçoit une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1867 et joue un rôle majeur dans la construction de six grands fours à bois de la Manufacture, aujourd’hui classés monuments historiques. À sa retraite en 1884, il devient conservateur du musée et de la bibliothèque de Dieppe. Officier d’Académie, il est également décoré de la Légion d’honneur.

Optat débute comme tourneur puis modeleur. Récompensé en 1867, il s’installe avec sa famille au 6-8 rue Troyon, à proximité immédiate de la Manufacture nationale. Tout en restant salarié de celle-ci, il fonde sa propre fabrique et obtient l’autorisation d’y construire un four en 1866. L’atelier privé emploie jusqu’à cinquante ouvriers et produit terres, émaux et plâtres. Optat collabore avec des artistes renommés :
Clément Massier, Théodore Deck, Anthony-Ludovic Régnier, Émile Belet ou Eugène Froment. En 1879, il quitte définitivement la Manufacture pour se consacrer à la « Maison Milet ». Ses flammés de Chine lui valent une médaille d’argent à Anvers en 1885, puis une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1889.

Son fils Paul, chimiste de formation, intègre parallèlement la Manufacture nationale et prend progressivement la direction de la fabrique familiale à partir de 1890. Il poursuit les collaborations artistiques et obtient une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1900 pour ses faïences et émaux cloisonnés. Attiré par le grès et l’Art nouveau, il développe la renommée de la Maison Milet. Jusqu’en 1925, Paul va posséder un magasin rue de Paradis et collabore avec les grands magasins parisiens tels les Galeries Lafayette et La Samaritaine. La production atteint alors son apogée et s’exporte dans le monde entier.

En 1930, Henri Milet, ingénieur à la Manufacture, reprend l’entreprise. Il oriente la création vers l’Art déco, multiplie les formes et les usages, et poursuit d’importantes recherches techniques. Après sa retraite en 1971, la fabrique ferme définitivement. La tradition se perpétue néanmoins grâce à Claire Milet (épouse Canaple) qui travaille la céramique pendant plus de 50 ans à l’atelier de Ville d’Avray.