Il y a 150 ans, notre manufacture nationale déménageait
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La Manufacture royale s’installe à Sèvres en 1756. Elle occupe alors les locaux de l’actuel France Éducation international, avenue Léon-Journault. Au XIXe siècle, un second bâtiment est créé pour répondre aux besoins nouveaux liés à la révolution industrielle. En écho au festival de la céramique qui a lieu ce mois-ci à Sèvres et qui vient dans le prolongement naturel de l’héritage de la Manufacture, nous vous invitons à revivre les étapes de la construction et de la cérémonie d’ouverture de la manufacture du 17 novembre 1876.
Un déménagement initié au Second Empire
La construction des premiers bâtiments de la manufacture royale est menée, de 1753 à 1756, par l’architecte Laurent Lindet, assisté de l’ingénieur Perronet. Pendant la première moitié du XIXe siècle, Alexandre Brongniart, fils de l’architecte de la Bourse de Paris, lui assure un essor exceptionnel et fonde le premier musée de la céramique dont la collection est initialement conservée dans les combles.
Sous le Second Empire, la technique de la pâte-sur-pâte relance la demande de porcelaine tendre. En 1855, on décide de déplacer la manufacture et le musée, désormais à l’étroit dans leurs locaux édifiés un siècle plus tôt. Le nouvel emplacement est choisi en bordure de Seine pour faciliter l’acheminement des matières premières par voie fluviale. Afin de conserver l’appellation « Manufacture de Sèvres », des terrains sont cédés sur le domaine de Saint-Cloud à la commune de Sèvres.
Une véritable cité ouvrière
Les travaux sont confiés à Jacques Félix Alexandre Laudin nommé architecte du palais de Meudon et de la manufacture de Sèvres. En 1858, les plans sont élaborés et les travaux débutent l’année suivante. À la différence de l’ancienne manufacture, où la majorité des services étaient rassemblés dans un seul bâtiment, ceux-ci sont espacés dans une logique fonctionnelle.
Inspiré du modèle Saint-Simonien, l’ensemble constitue une véritable cité ouvrière, à la fois lieu de travail mais également lieu de vie. Les ateliers sont séparés par de larges rues. Les logements du personnel et des élèves sont situés le long de la grande rue. La maison du directeur est située à l’entrée de la manufacture où des jardins sont aménagés.
Au cœur de la cité se trouvent six fours de type Minton, « à flammes inversées », du nom du fabricant britannique qui fut l’un des premiers à les utiliser. Le procédé permettait une plus grande économie de combustible, une meilleure homogénéité de la cuisson et l’amélioration de la production tant par un empilage de pièces de petite taille que par la réalisation de pièces monumentales. Bien que cette technique soit abandonnée en 1968 pour laisser sa place à des fours plus petits, fonctionnant au gaz ou à l’électricité, les fours Minton sont régulièrement rallumés pour des évènements.
L’inauguration sous la IIIe République
Le 17 novembre 1876, la manufacture, que nous connaissons aujourd’hui, est inaugurée par le maréchal de Mac-Mahon, premier Président de la République : « À partir de midi, les abords de la manufacture étaient assiégés d’une foule considérable, mais les grilles de l’établissement ne se sont ouvertes qu’à une heure et demi pour les personnes munies d’une carte d’invitation. À deux heures précises, le Maréchal de Mac Mahon, en habit bourgeois et accompagné du général d’Abzac, descendait devant la grille d’honneur. Il était reçu au bas du grand escalier par M. Waddington, ministre des Beaux-Arts (…) M. Champfleury, conservateur du musée, M. Carrier-Belleuse, directeur des travaux d’art à Sèvres et tout le haut personnel de la manufacture (…) Le Maréchal et sa suite ont visité tout d’abord le musée de céramique (…) De là on est passé dans les ateliers des sculpteurs, des peintres sur émail et sur porcelaine, et on a terminé par l’atelier de mosaïque. Quelques pièces ont été exécutées en présence du Maréchal, qui a suivi avec le plus vif intérêt les explications qui lui étaient fournies. (…) En sortant des ateliers on a visité les fours. L’un d’entre-deux, que l’on avait chauffé puis éteint depuis six jours, de façon à ce qu’il fut tiède, renfermait différent objets que l’on a prié le Maréchal d’en extraire lui-même. Ces objets, véritables merveilles d’art, consistaient en plusieurs vases, dont l’un, destiné à rappeler la cérémonie, a été offert au président de la République. » (Extraits de l’Univers illustré du 25 novembre 1876).
Une plaque commémorative située dans la manufacture rappelle encore aujourd’hui cet évènement historique.