Sèvres dans les carnets  de William Turner

Sèvres dans les carnets de William Turner

Histoire et patrimoine
Personnalités de Sèvres
Publié le 28 janvier 2026 Modifié le 30 janvier 2026

Sommaire

Le nom de Sèvres est évidemment lié à sa manufacture et aux différents artistes qui y sont associés. C’est aussi une ville où l’on peut admirer de magnifiques paysages forestiers, fluviaux et de plaine, sources d’inspiration pour de nombreux artistes. Nous avons déjà évoqué dans ces pages les travaux du Baron Bacler d’Albe et de Camille Corot. Il est maintenant temps de traverser la Manche pour évoquer Joseph Mallord William Turner.

L’académicien voyageur

Né vers 1775 à Londres, Turner s’exerce au dessin et à la peinture. D’abord coloriste d’estampes et dessinateur en architecture, il se passionne rapidement pour les paysages topographiques, thèmes peu considérés de la peinture. Dès l’âge de 14 ans, il arrive à entrer en formation à la Royal Academy dont il deviendra un des plus jeunes membres.
Il propose alors différentes peintures d’histoires et de marines, dans lesquelles hommes, bateaux et bâtiments sont souvent surpassés par un paysage au réalisme et au contraste détaillés, s’intégrant dans le mouvement pré-romantique. Loin de se limiter au simple Grand Tour, Turner fait partie de ces peintres pionniers, à sortir de son atelier à la recherche perpétuelle de nouveaux points de vue, d’abord en Écosse et au Pays de Galles, puis dans d’autres pays européens.

Amoureux des fleuves Français

Si beaucoup affirment que l’Italie a été la destination la plus importante dans sa carrière, Turner n’en reste pas moins un grand amateur des fleuves et des paysages de France. Il a été très fortement inspiré par Poussin, David et Gellée en plus d’éprouver une certaine fascination pour Napoléon Ier.
En 1802, il effectue son premier séjour en France pour visiter le Louvre. Entre 1821 et 1834, il y retournera à de multiples reprises, arpentant notamment les rives de la Seine où il croquera des vues des ponts de Sèvres et de Saint-Cloud. Ces carnets de croquis serviront à la réalisation de deux aquarelles conservées au Tate Britain de Londres. Dans ces tableaux, les hommes se voient relégués au second plan afin de magnifier les paysages de la vallée de la Seine. Outre l’ancien pont de pierre de Sèvres, fraîchement restauré suite aux dégâts survenu lors des Cent-Jours, on y aperçoit la lanterne de Démosthène, située sur les hauteurs du domaine de Saint-Cloud.
Ces aquarelles seront diffusées grâce aux travaux des graveurs W. Radclyffe et S. Fisher, permettant un tirage massif des œuvres de Turner et leur popularisation. Trois de ces gravures acquises par le musée de la ville de Sèvres en 1936, sont actuellement conservées aux archives municipales.

Autoportrait – J. M. W. Turner
Référence des impressionnistes

Vers la fin de sa vie, Turner va expérimenter de plus en plus en s’approchant d’un style proto-impressionniste. Comme avec le tableau de 1844, « Pluie, vapeur et vitesse » dans lequel une locomotive, symbole de la société industrielle, occupe l’action centrale alors que le reste du paysage, symbole d’une Angleterre rurale plus traditionnelle, se désincarne dans la pluie et la brume. Cette œuvre suscitera une certaine émulation au sein du mouvement impressionniste, comme lors de la première exposition des peintres impressionnistes de 1874, où Félix Bracquemond, illustre Sévrien, y expose une copie du tableau de Turner.