Camille Bisson : le geste comme une chorégraphie

Telle une danseuse étoile, Camille Bisson, première femme artisan tourneuse à la Manufacture, se délecte à reproduire avec rigueur et exigence le geste parfait afin de créer les pièces d’exception qui orneront toutes les grandes tables du monde.

Camille Bisson, est postée à son établi, concentrée, silencieuse, tendue et décontractée à la fois. Le regard affûté, la main sûre et experte. Après 12 années passées à étudier, comprendre et ressentir la matière, elle maîtrise maintenant cette chorégraphie majestueuse et complexe des pièces majeures qui font la signature de la Cité de la Céramique, fleuron culturel de la ville de Sèvres.

La jeune trentenaire travaille sur la tasse à thé du service de Sandier, un classique dont elle connaît à la perfection les moindres courbes. Pourtant, rien ne la prédestinait à ce parcours singulier. « J’ai passé un bac littéraire. Je ne savais pas trop ce que je voulais faire. J’avais juste besoin d’un contact avec la matière. J’ai intégré une école avec une option en design textile. De là j’ai découvert les arts de la table et un incroyable professeur qui m’a parlé de la Cité et m’a encouragé à m’inscrire au concours. Je l’en remercie tous les jours tellement j’ai trouvé ici le lieu parfait mêlant travail en autonomie et esprit d’équipe. » jubile Camille qui est aussi discrète qu’enthousiaste quand elle décrit le plaisir qu’elle a à travailler à la Cité. En effet, l’exigence et le souci du détail poussés à l’extrême font la préciosité des objets du quotidien qui en deviennent des œuvres d’art. C’est cette « culture maison » qu’elle a choisi de transmettre à son tour.

« Depuis le mois de septembre, je travaille en duo avec un apprenti, Lucas. Il travaille sur la tasse litron qui semble simple comme cela. Cependant, les formes droites sont les plus difficiles. » précise la tourneuse, consciente du défi lancé à son apprenti. « La Cité, c’est aussi la transmission directe. J’ai moi-même été formée pendant 3 ans par Vincent Lallier. C’est maintenant l’occasion de rendre ce que l’on m’a donné ! » explique Camille reconnaissante. « Vincent répète souvent que son propre apprentissage se termine quand on a formé un apprenti. En effet, j’apprends avec Lucas. On se confronte, on se remet en question et l’on croise nos regards. C’est une façon de continuer à évoluer. » s’exclame la passionnée de céramique qui a vécu le confinement comme une douleur. « Mon corps avait besoin de créer, de toucher, de ce contact physique avec la matière. »

Heureusement, Camille Bisson a retrouvé le chemin de la Cité et a repris ses chorégraphies millimétrées avec la céramique pour son plus grand plaisir et celui des amateurs de pièces d’exception.

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