19e Printemps des Poètes – Afrique(s)

Dans le cadre du 19e Printemps des poètes sur le thème Afrique(s), retrouvez un poème par jour.
 
Aujourd’hui un poème de Tahar Ben Jelloun :

Ville

Il ne suffit pas d’un tas de maisons pour faire une ville
Il faut des visages et des cerises
Des hirondelles bleues et des danseuses frêles
Un écran et des images qui racontent des histoires

Il n’est de ruines qu’un ciel mâché par des nuages
Une avenue et des aigles peints sur des arbres
Des pierres et des statues qui traquent la lumière
Et un cirque qui perd ses musiciens

Des orfèvres retiennent le printemps dans des mains en cristal
Sur le sol des empreintes d’un temps sans cruauté
Une nappe et des syllabes déposées par le jus d’une grenade
C’est le soleil qui s’ennuie et des hommes qui boivent

Une ville est une énigme leurrée par les miroirs
Des jardins de papier et des sources d’eau sans âme
Seules les femmes romantiques le savent
Elles s’habillent de lumière et de songe

Métallique et hautaine,
La ville secoue sa mémoire
En tombent des livres et des sarcasmes,
des rumeurs et des rires
Et nous la traversons
comme si nous étions éternels.

Tahar Ben Jelloun.
Paris 11 novembre 2005.
(pour l’édition printemps des poètes 2006)

Visuel du 19e Printemps des Poètes : détail de tableau du peintre Christophe Sawadogo.

Haut de page