19e Printemps des Poètes – Afrique(s)

Dans le cadre du 19e Printemps des poètes sur le thème Afrique(s), retrouvez un poème par jour.
 
Aujourd’hui un poème de  Léopold Sédar Senghor :

Chaka

Tam-Tam au loin, rythme sans voix qui fait la nuit et tous les villages
au loin
Par-delà forêts et collines, par-delà le sommeil des marigots…
Et moi je suis celui-qui-accompagne, je suis le genou au flanc
du tam-tam, je suis la baguette sculptée
La pirogue qui fend le fleuve, la main qui sème dans le ciel, le pied
dans le ventre de la terre
Le pilon qui épouse la courbe mélodieuse. Je suis la baguette qui bat
laboure le tam-tam.
Qui parle de monotonie ? La joie est monotone la beauté monotone
L’éternel un ciel sans nuage, une forêt bleue sans un cri, la voix toute seule mais juste.
Dure ce grand combat sonore, cette lutte harmonieuse, la sueur perles
de rosée !
Mais non, je vais mourir d’attente…
Que de cette nuit blonde – ô ma Nuit ô ma Noire ma Nolivé –
Que du tam-tam surgisse le soleil du monde nouveau.

Léopold Sédar Senghor
Chaka, Etiopiques (1956)
in Œuvre Poétique, éd. du Seuil. 1964, 1973, 1979, 1984 et 1990

Visuel du 19e Printemps des Poètes : détail de tableau du peintre Christophe Sawadogo.

Haut de page